Précédemment sur Whitechapel
Un homme identifié par le chiffre romain six ce réveil dans une cellule matelassée. Il découvre qu’il a d’étranges capacités lorsqu’il transforme un garde en bouille sanguinolente par la pensée. Six se rend dans le bureau vide du Dr Harold Tucci, qui s’avère être membre de quelque chose appelé le projet Whitechapel. Six découvre aussi une liasse de billets de divers pays et un fusil. Il s’apprête à sortir lorsque l’alarme retenti et quelqu’un cogne à la porte.
Épisode trois — Évasion
Mon cœur martèle ma poitrine tandis que j’essaie de penser. S’il y a bien un garde de l’autre côté de la porte, il ne sera probablement pas effrayé par un pistolet et je ne suis pas sûr que je gagnerais ce duel. Malheureusement, je n’en sais pas assez sur mes pouvoirs pour les utiliser à volonté. Tandis que je songe à le tuer, l’odeur étouffante du sang du garde dans ma cellule revient et, l’espace d’une seconde, la nausée aussi. Je m’efforce de repousser cette pensée. Je dois essayer de m’en sortir autrement.
Je jette un regard à la carte d’Harold Tucci sur la table, ignorant le fusil. Il a des cheveux brun clair semé, des cheveux noisette et des sourcils épais. Il n’y a aucune photo de famille ou d’une petite amie dans le bureau. Il doit être le type d’homme qui est marié à son travail et à son pays.
On cogne à nouveau. J’essaye de trouver quelque chose de convainquant, mais les hurlements de l’alarme et les coups à la porte conspirent or conspirent avec les martellements dans ma tête pour que chaque pensée me donne l’impression que je vais tomber. Je ferme les yeux et inspire profondément, j’essaie de prendre un moment pour penser clairement.
Mon cœur ralentit tandis que je sens la douceur du tissu contre ma peau. Je m’imagine que ces vêtements sont d’un naturel à porter pour moi. Je ne suis qu’un homme d’âge mûr qui essaie de rester en santé. J’essaie de manger de la nourriture saine et je fais du jogging chaque jour autour du complexe pour faire de l’exercice. Parfois je travaille tard, mais comme je vis seul, ça ne dérange personne. Le boulot est ce qui est le plus important. La hache frappe de nouveau, s’enfonce dans mon cerveau et ma tête lance de douleur. Je me visualise prendre la hache et couper tout ce qui est moi, mon identité. Je tue tout ce qui ne convient pas au moule du Dr Tucci. J’imagine que je porte la peau d’un homme que je n’ai jamais vu.
On cogne plus fortement, plus fermement et d’une façon plus insistante. « Dr Tucci? J’entre. »
J’ouvre les yeux et je sens la peau parler à ma place. « Non, non… je suis désolé. J’ai tellement de problèmes avec cet ordinateur, ça m’a frustré. Je… »
La voix me coupe. « Pourquoi n’avez-vous pas répondu plus tôt? »
« J’ai frappé le bureau et je me suis cassé l’orteil. Je… J’ai peut-être perdu connaissance un moment. Je suis désolé. Je vais bien maintenant. »
« Je peux vous donner des soins médicaux. »
La peur lance mon cœur à la course à nouveau. Je me force à prendre une inspiration. « Ça ne sera pas nécessaire. Je vais juste prendre quelques trucs et rentrer chez moi. »
Après un moment, j’entends la serrure magnétique. La porte commence à s’ouvrir. Je regarde le fusil et songe à le prendre, mais il est déjà trop tard. Un autre homme en chemise avec un pantalon tout-aller entre. Il est une version plus grande et plus musclée du cadavre dans ma cellule. Il a un fusil et me regarde. Je porte la peau de Tucci, mais je crains qu’il puisse voir au travers, qu’il puisse me voir et que je ne puisse jamais savoir qui je suis ou ce qui se passe et, oh mon Dieu, je vais mourir, je vais mourir, je vais…
Le garde cligne et ses yeux semblent distraits avant qu’il ne sourie et range son fusil dans son étui. « Désolé de vous déranger, monsieur. Reynolds n’a pas fait son rapport des signes vitaux de Six bien que sa carte montre qu’il soit entré et sorti. Je suis allé voir et… il est mort, monsieur. Six s’est évadé donc je dois faire une fouille pièce par pièce. »
Mes yeux inspectent la carte sur sa chemise. Elle est semblable à celle sur le bureau, mais on peut y lire « Blake Francis ». « Je comprends, Francis. Je peux partir ou je dois rester ici? »
Francis regarde dans le couloir puis me regarde (non, pas moi. Dr. Tucci. Je suis Dr. Tucci). « Votre patient n’a pas pu aller bien loin, mais… bien, vous nous avez assez répété ce qui se produirait s’il commence à tuer. » Je fais un signe de tête en essayant d’avoir l’air inquiet, mais tout ce que j’ai envie de faire est d’agripper son collet et de lui crier « Qu’est-ce qui se passe s’il se met à tuer? »
Dr Tucci parle à nouveau. « Peut-être as-tu raison. Je suis sûr que je peux trouver un endroit pour coucher ici ce soir. »
« Sans vouloir vous offenser, docteur, je ne souhaiterais même pas une nuit dans votre bureau à mon pire ennemi. Allez, je vais vous accompagner à la sortie. Simmons finira la fouille. »
Je hoche la tête et commence à marcher vers la porte lorsque Francis s’exclame « Attendez un instant! » Je m’immobilise et je le vois attraper le fusil sur le bureau. J’essaie de me souvenir comment le tuer, mais il me tend le fusil par le canon et le met dans ma main. « Vous pourriez en avoir besoin. »
Je le remercie et le suis dans le tunnel. Je m’efforce à rester droit tandis que la hache continue de frapper. Les tunnels tournent pour atteindre un vieux monte-charge avec un levier à la place de boutons et un léger grillage de métal à la place d’une porte. Francis manoeuvre l’antiquité sur trois étages avant que le grillage ne s’ouvre sur une autre porte en métal avec un autre lecteur de cartes. Je sors du monte-charge et Francis me fait un salut rapide avant de fermer le grillage et de redescendre. Mes mains tremblent pendant que je glisse la carte dans le lecteur. La lumière passe du vert au rouge et j’ouvre la porte.
* * *
Libre. Je suis libre. J’inspire. J’expire.
Mon souffle se manifeste en un petit nuage blanc tandis que le froid me mord le visage. Le ciel commence à s’assombrir tandis que les derniers rayons du soleil plongent dans l’horizon. Il y a quelques tas de neige fondue qui ont gelées en des morceaux gris et brillant d’art moderne. Le gazon craque son mon pied tandis que je me dirige vers le petit stationnement. Il y a quelques voitures bien alignées sur le pavé : une petite voiture verte, une fourgonnette bleue et un V.U.S. beige. Elles ont toutes des plaques de l’Ohio. Le stationnement n’a pas de lumière, mais je vois une petite route qui le connecte à une rue à deux voies. Un peu plus loin, parallèle à la rue, je peux deviner une grande étendue d’eau, peut-être un lac ou une rivière quelconque. Derrière moi, la porte de métal sans affiche que j’ai traversé est accrochée à un petit bunker en ciment, sans aucun panneau indicateur. Il pourrait s’agir d’un petit bâtiment électrique ou d’une petite remise de n’importe quelle ville du Midwest. Pour l’instant, le froid endort ma douleur et je me réjouis à la simple sensation d’être libre.
Je peux voir des phares qui arrivent dans la rue pendant que le ciel met son manteau de nuit. Des morceaux de glace dansent sur l’eau comme des rayons de lumières vagabonds avant que la voiture ne tourne dans le stationnement. Les lumières m’aveuglent et je porte instinctivement les mains devant mon visage. Je sens la peau du Dr Tucci glisser et je cherche un endroit où me cacher.
Les lumières s’éloignent de mes yeux. Je baisse les mains et cligne quelques fois pour effacer les taches de mon champ de vision. Les phares sont dirigés vers ma droite, se reflétant sur le gazon gelé et la neige fondue. C’est une berline noire, le moteur tourne toujours…
… je vois du métal, du plastique, du cuir et du verre, le tout dans mille tons de noir différents. Mon corps est douloureux, vibrant au même rythme qu’une machine bien ajustée…
J’ai vu cette voiture dans mes rêves, mes visions, ou peu importe ce qu’étaient ces images avant que je me réveille dans ma cellule. Mais qu’est-ce qu’elle fait ici?
J’entends le doux claquement des serrures automatiques et la porte arrière ouvre légèrement.